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SUR LES TRACES DES TEMPLIERS À FIGEAC

Les Templiers à Figeac, furent longtemps passés sous silence. Pour certains, il n’y avait jamais eu de Templiers à Figeac… Il est vrai que les bâtiments du 39 à 45 rue Gambetta, découverts par Jacques Delrieu et moi-même, en 1988, comme étant des édifices ayant appartenu à l’Ordre du Temple, allaient déranger l’ordre des choses… D’autant que le seul ouvrage connu du grand public à cette époque et traitant de ce sujet est le livre de Jacques Juillet, ancien préfet de la région d’Orléans, Commanderies du Haut Quercy publié en 1972 ». Dans cet ouvrage, l’auteur reste très évasif sur l’existence des Templiers à Figeac. En tous les cas et compte tenu des éléments historiques que nous connaissons à l’heure actuelle, à l’évidence, Jacques Juillet nous fait partager sa méconnaissance d’éléments historiques, concernant les Templiers à Figeac.


Les Templiers à Figeac : l’énigme

Il est difficile cependant de lui jeter la pierre, car ce dernier a du vraisemblablement s’appuyer pour réaliser son ouvrage, sur la note de Louis d’Alauzier qui en octobre 1950, à l’occasion de la visite de la Société des Études du Lot à Figeac, avait écrit : « Aucun texte ne permet de penser qu’il y ait jamais eu à Figeac un établissement de Templiers. D’ailleurs les fenêtres de la maison connue sous ce nom ne datent-elles pas seulement du XIVe siècle ? ». Mais ce texte datait de 1950 et comme une des particularités de l’historien est la recherche, d’Alauzier ne s’en est pas privée. C’est ainsi qu’un rectificatif fut rédigé par d’Alauzier en 1979, mais le livre de Juillet était déjà publié depuis 1972.


De quelques erreurs...


Toujours est-il, que vers 1187, les Templiers s’installent en bordure de Figeac, au lieu dit, « La Curie Basse », emplacement situé au N.-O. de la ville près du ruisseau de Carmes, selon l’abbé J.-F. Debons.

 Environ un siècle plus tard, ils gagnent le centre de la cité, comme le précise d’Alauzier, dans son rectificatif à la note de 1950, Les Templiers à Figeac en 1979, paru dans le Bulletin de la Société des Études du Lot, dont le Président était Jean Lartigaut. Ces faits historiques évoqués par d’Alauzier sont repris dans l’Atlas historique de France publié aux éditions du C.N.R.S. en 1983. C’est du reste Jean Lartigaut, Président de la Société des Études Littéraires, Scientifiques et Artistiques du Lot, qui dans ce travail du C.N.R.S. élabore le plan et la notice.

 Voici ce que le rectificatif de d’Alauzier précise : « On dit qu’il y aurait eu à Figeac un établissement de Templiers qui aurait confronté au nord la place Champollion et à l’ouest la rue Gambetta. Une partie aurait servi plus tard de Consulat ». Une telle tradition est déjà attestée dans le Pouillé Dumas de 1679 :

« En 1950, dans la note De quelques erreurs au sujet de Figeac et de son histoire, j’ai écrit : « Aucun texte ne permet de penser qu’il y ait eut à Figeac un établissement de Templiers ». Mais depuis, en regardant de près les documents de Latronquière qui sont aux Archives départementales de la Haute Garonne, j’ai trouvé 10 actes passés dans la Commanderie de Figeac par le précepteur ou un Templier de Lacapelle-Livron. Un de ces actes est daté du 28 août 1258, sept de 1268 dont six où est précisé le 7 janvier et deux du 29 avril 1282. Dans un des actes de 1268, on indique qu’il a été passé in parte superiori juxta lavatorium del solelha et dans un autre qu’il le fut in dormitorio. Les deux actes de 1282 furent passés avec le conseil de Barthélémy Fageta, précepteur du Temple de Figeac. Après la suppression de l’Ordre du Temple et la dévolution de ses biens immobiliers aux chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem, ceux-ci continuèrent un certain temps à posséder des biens du Temple à Figeac. En 1342, parmi les témoins d’une enquête sur les revenus de Margues, figure Bernard Ferrières, précepteur de la maison de Saint-Jean de Jérusalem de Figeac. Dans une reconnaissance du 10 janvier 1358, il est question de la maison de Figeac des chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem. Enfin, le 21 janvier 1371, le prieur de Saint-Gilles nomma Jacques Merle précepteur de Latronquière, Figeac, Margues et Narrines. On voit qu’à cette date, Figeac était uni à Latronquière. »

L’enquête : le vœu de percer l’énigme

Je me dois de mentionner, que Jean-Luc Obereiner, dans sa réédition enrichie de l’ouvrage de Jacques Juillet, en 1999, aux Éditions Quercy-Recherche et Du Laquet, ré intitulé « Templiers et Hospitaliers en Quercy : Les Commanderies », mentionne le rectificatif de d’Alauzier. Il précise « En 1979, Louis d’Alauzier reconnut l’existence d’une maison templière à Figeac au XIIIe siècle. Cette maison devint une dépendance de la Commanderie de Latronquière en 1312 ».
Il me semble intéressant de préciser que tous ces faits étaient parfaitement connus des spécialistes en 1988, date à laquelle mon ami Jacques Delrieu et moi-même avons découvert les bâtiments du 39 à 45 rue Gambetta, puisque le rectificatif de d’Alauzier date de 1979 et le travail du C.N.R.S. de 1983.
 Monsieur Malvy alors député-maire de Figeac, ancien Ministre, m’invitait avec mes collaborateurs, dans un courrier du 18 avril 1989, à la réunion du 5 mai 1989. Cette réunion avait pour objet « La remise en valeur de l’ancienne Commanderie des Templiers ». Cette réunion fut déterminante pour la réhabilitation de ce Patrimoine puisqu’elle était pour les propriétaires une première rencontre avec les pouvoirs publics et qu’elle initiait avec eux, un très large partenariat.

La Commanderie, un fleuron du Patrimoine

Très rapidement les Bâtiments de France s’étaient saisi du dossier. En effet, le 30 décembre 1988, M. Godet, Architecte des Bâtiments de France m’adresse un courrier, dont l’objet était : « Inscription à l’Inventaire des Monuments Historiques 39-41-43, rue Gambetta à Figeac (Commanderie des Templiers) ».

Dans un article de la Vie Quercinoise d’avril 1990, « La Commanderie des Templiers : Un fleuron du Patrimoine de Figeac va revivre », l’auteur, Guy Demaria, cite « Ses origines, aujourd’hui ne font plus de doutes. Rien n’est évident au départ, les apports modernes défigurent incontestablement la richesse des lignes structurales d’origine. La Commanderie s’est transformée avec les siècles, suite à un incendie (traces visibles), et des additifs de construction se sont rajoutés à l’édifice initial. Pourtant les différentes visites qui se sont succédées depuis sa découverte, permettent d’affirmer aujourd’hui que cette Commanderie date du milieu du XIIIe siècle (…)

Les archives montrent plusieurs mouvements religieux avec, entre le XIIe et le XIIIe siècle, la multiplication d’églises et les dix actes passés dans la Commanderie du Temple entre 1258 et 1282. L’architecte du Secteur Sauvegardé, M. Séraphin, la situe entre 1258 et 1282. Le sculpteur, M. de Sauverzac, confirme cette thèse et remonterait même ses origines vers la moitié du XIIIe siècle. L’architecte du projet, M. Rollet, fait remarquer que la porte capitulaire, présente de sérieuses analogies à une porte secondaire de l’Abbaye de Baulieu (Tarn et Garonne), construite dans la seconde moitié du XIIIe siècle ; également, le cloître de la Cathédrale de Rouen, possède un premier étage à fenêtres jumelles. Le Directeur de la Caisse Nationale des Monuments historiques, M. Collardel, s’étonne beaucoup que l’édifice ne soit pas classé. Ce dernier déclare : Ce palais s’intègre parfaitement dans la richesse patrimoniale de Figeac que l’on peut comparer à celle de Florence, site riche d’informations si utile à la connaissance des hommes ».
Le 19 novembre 1990, l’ensemble des Bâtiments sera classé intégralement « Monument Historique ». J’ajoute que les six ogives du niveau des cérémonies (premier étage) du 41 rue Gambetta à Figeac, sont identiques à celles de la façade de l’Hôpital de Grossia à Cahors, rue du Château du Roi, construites en 1270.
 Et si la Commanderie des Templiers ne manque pas de charme le jour, de nuit, elle laisse toujours planer l’étrange... l’énigme de l’histoire templière qui n’a pas fini de se renou-veler!

Figeac ville d’autrefois, la Venise du pauvre

Les Templiers à Figeac ! C’est ce que confirme finalement E. Viala, auteur contemporain villefranchois, dans son ouvrage Figeac ville d’autrefois. Cet ouvrage de Viala est peu connu ce qui en fait sa rareté. Mais ce qui en fait surtout sa rareté est la description que fait Viala du Figeac d’autrefois, du Figeac médiéval, tel qu’il l’a vu avec ses propres yeux, ressenti avec son cœur, tel que certains figeacois et figeacoises ont pu le connaître encore dans « les années cinquante ». Un canal serpentait jadis dans le vieux Figeac. De nombreux pontés de pierre réunissaient entre elles les petites ruelles qui filaient le long de ce canal. Figeac était alors surnommé la Venise du Pauvre. Quelle richesse quand on découvre cette Venise du Pauvre à travers l’ouvrage de Viala ou les aquarelles de Markowitch… Il est clair que la grande richesse de Figeac est son patrimoine historique et architectural.

 D’après M. Georges Tuet, Chef d’entreprise en restauration des Monuments Historiques, le vieux canal aurait été démonté pierre par pierre. Celles ci auraient servies à le combler et il serait tout à fait possible de le reconstruire, puis de le restaurer. Voilà qui serait pour la Cité de Figeac, le moyen de se hisser au niveau européen sur le plan touristique et donc par conséquent économique. En effet, nombreux sont les touristes que nous sommes parfois, à avoir visité la Venise du Sud, Venise italienne, peut-être la Venise du Nord, Bruges en Belgique. Qui ne voudrait pas connaître notre Venise du Pauvre ? En toute authenticité, l’Europe possède ses trois Venise : italienne, belge et française…Voilà selon moi, pour les années à venir, le projet « Phare » pour la ville quercynoise. Figeac sera ou ne sera pas touristique ?
 Viala nous conte également tous ces trèfles et rosaces sculptés sur les façades d’immeubles de l’actuelle rue Gambetta qui dut leur appartenir. L’auteur décrit les vitraux qui garnissent ces trèfles et ces rosaces : « Ils représentent des scènes de la chevalerie ». Il dessine également les chapiteaux et les modillons qu’il découvre en parcourant les rues de la ville. Les Templiers y figurent en bonne place. Comme le souligne Viala dans son ouvrage, il est probable qu’au XIIIe siècle, tout le cœur de la cité de Figeac dût appartenir au Temple.
 Quoi qu’il en soit, c’est avec certitude que nous pouvons affirmer que les Templiers furent présents à Figeac, la Venise du Pauvre, de 1187 jusqu’en 1307, année de leur arrestation dans le Royaume de France.

 
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